Qu'est-ce que l'Ostéopathie : plus de détails...

Le corps est un ensemble qui doit constamment s’adapter aux changements à la fois internes et externes. Pour ce faire, il est composé de différents systèmes, eux-mêmes composés de sous-systèmes et d’éléments.

Un élément peut appartenir à deux systèmes : le pancréas par exemple appartient à la fois au système digestif et au système hormonal (il fabrique des sucs digestifs et des hormones). Ces éléments communs à plusieurs systèmes seront la source de premières interactions.

La seconde source sera fournie par les systèmes-liens entre les différentes composantes du corps. Ce sont le système circulatoire (avec le sang et la lymphe) et le système nerveux.

Le système circulatoire apporte le combustible et la nourriture nécessaires à la vie et draine les déchets. Les deux systèmes véhiculent des informations, sous forme d’hormones ou d’influx nerveux, permettant au corps de s’auto-réguler, de se défendre et, si besoin est, de s’auto-guérir.

Inversement un dysfonctionnement dans l’un de ces deux systèmes entraînera une fragilité, porte ouverte à la maladie. Le principal facteur de désordre dans les systèmes circulatoire et nerveux est très souvent une lésion au niveau des structures musculo-squelettiques. Par exemple, un "blocage" au niveau des dernières vertèbres lombaires et du sacrum pourra provoquer une irritation du tristement célèbre nerf sciatique, entraînant de violentes douleurs dans le bassin et les postérieurs (ou les jambes pour les humains). Cette douleur est ce que nous pouvons ressentir, mais d’autres nerfs et vaisseaux sanguins de la même région pourront également être lésés, et ce, sans qu’ils causent une souffrance.

En bloquant l’information, la nutrition et le drainage des déchets, ils occasionneront ainsi des dommages dans les organes qu’ils desservent. Ces dommages ne seront parfois perceptibles qu’après plusieurs mois, voire plusieurs années. D’autre part, ils fragiliseront l’organe en question, qui ne sera pas à même de réagir lorsqu’il sera confronté à une agression : une bactérie, au lieu d’être éliminée, causera une infection.

Parce que le corps cherche toujours à s’adapter pour conserver un fonctionnement optimum, il créera en d’autres parties des compensations. Il y aura ainsi des lésions et des zones de fragilité en chaîne à partir de la "lésion primaire". La lésion qui fera souffrir ou qui provoquera un dysfonctionnement ne sera pas toujours la première dans le temps, mais parfois celle arrivant en quatrième ou cinquième position dans la chaîne…

L’on comprend ainsi pourquoi l’ostéopathe ne se contentera pas de "remettre un os en place" mais cherchera toujours la cause première à travers des palpations sur des d’autres parties du corps et des questions qui peuvent parfois sembler étranges au néophyte : « Mon cheval a mal au dos, et l’ostéo m’a demandé comment étaient ses crottins ! ».

Dans l’exemple de la vertèbre lombaire bloquée, nous partions du centre pour aller vers la périphérie, mais en vertu des mêmes lois, un problème en périphérie n’y restera pas cantonné et remontera vers le centre : un chien qui souffre d’une sub-luxation au niveau de l’articulation métacarpo-phalangienne de l’antérieur droit (dans le langage de tous les jours, il s’est tordu la patte avant droite…) boitera bien sûr, mais pour pouvoir continuer à marcher, il aura compensé au niveau de ses épaules et de sa colonne vertébrale. De plus les terminaisons nerveuses de sa patte enverront des messages désordonnés et parfois erronés à la moelle épinière. De ce même étage de la colonne vertébrale, partiront d’autres nerfs vers d’autres organes… Et la boucle est bouclée… L’ostéopathe, une fois encore, ne fera pas que "remettre l’os en place", il vérifiera la chaîne éventuelle de lésions et, en se servant de points précis, renverra la bonne information à la moelle épinière pour prévenir un problème ultérieur.

On le voit, on est bien loin du simple "cracking" effectué en dix minutes… Et ce n’est pas tout…

Nous avons parlé de blocages, ce qui implique la notion de mouvement. C’est évident au niveau des os, mais les viscères ont eux aussi une mobilité. Si le mouvement d’un viscère se fait mal, la fonction du viscère en question en souffrira : si une portion de l’intestin ne peut plus se mouvoir correctement, des désordres digestifs s’en suivront, il sera fragilisé et notre fameux cercle vicieux s’installera. L’ostéopathe, par des techniques de massages, sera à même de mobiliser le ou les organes touchés. Il pourra ainsi intervenir, chez les chevaux notamment, dans le cadre de certaines coliques (bouchons) en collaboration avec le vétérinaire.

On a souvent opposé par le passé l’ostéopathie traditionnelle suivant les principes de Still, dite « structurelle », à la méthode de Sutherland, dite « fluidique ». Toutes deux reposent sur les mêmes bases mais Sutherland a introduit la notion de « PRM », Primary Respiratory Mechanism (méchanisme de respiration primaire).

Au niveau cellulaire, ce qui distingue un tissu vivant d’un tissu mort est sa capacité à exprimer un mouvement. Pour Sutherland l’action conjuguée des milliards de cellules qui composent un corps peut être ressentie sous forme d’un mouvement global et rythmique, expression de la force vitale de ce corps. C’est ce rythme qu’il a nommé PRM, différent des autres rythmes vitaux (cœur, poumons, intestins…) en ce sens que ces derniers sont commandés par des muscles alors que le PRM est l’expression de la force vitale inhérente à un corps au niveau le plus profond. Le PRM débute avant la naissance et se poursuit après la mort clinique. Lorsque le PRM se fait sans entrave, harmonieusement, le corps est en bonne santé ; lorsqu’il est bloqué ou déséquilibré le corps est fragilisé. Il est intéressant de rapprocher ce concept des bases de la médecine orientale (voir chapitre Le Shiatsu).

Quoiqu’il en soit pour l’une ou l’autre école, le but est toujours de restaurer une harmonie et un équilibre bien qu’en usant de techniques différentes. Certains ostéopathes se cantonnent à l’une ou l’autre approche mais un grand nombre les utilisent conjointement en fonction de l’individu et de ses besoins.

En conclusion, on pourrait dire que l’ostéopathe a trois outils : ses deux mains et son cerveau. La connaissance approfondie de l’anatomie et des rapports entre les différentes structures, la recherche et l’analyse des causes et des conséquences, le raisonnement et la logique feront sa qualité en tant que praticien au moins autant que l’exécution de telle ou telle technique de manipulation.